Articles sur les neurosciences, le burn-out et les approches d'accompagnement — pour comprendre, réfléchir et agir différemment.
Comme le dit Antonio Damasio, professeur de psychologie, de neurosciences et de neurologie mondialement reconnu, « quiconque veut considérer la psychologie sans considérer le corps est perdu ».
Cette idée que le corps est une entité globale n'est pas nouvelle. Déjà, la médecine de la Grèce antique avait compris que l'esprit est partout dans le corps. Le malentendu a démarré il y a 300 ans, après Descartes, lorsque l'approche scientifique a décidé de tout séparer pour pouvoir mieux détailler. L'hyper spécialisation nous permet aujourd'hui d'avoir une connaissance très précise et profonde du corps humain — mais elle a aussi entraîné une perte de vision globale. Il est temps de réconcilier les différentes approches de santé, reliant ainsi les différentes parties de notre corps et donc, les différentes parties de nous-mêmes.
Les neurosciences démontrent aujourd'hui que notre état, nos pensées et nos actions sont le fruit de l'interaction entre notre biologie (le microbiote intestinal, par exemple), notre posture, nos mimiques, notre physiologie (les battements du cœur), notre manière de respirer… Dans son dernier ouvrage Neuroscience of the body, Nazareth Castellanos, neuroscientifique espagnole reconnue, illustre comment « il est beaucoup plus facile d'atteindre la santé mentale ou la psychologie par les tripes que par la psychologie elle-même ».
Fruit de 11 années de recherche et d'enquête sur la façon dont l'organisme sculpte notre cerveau, elle publie ce livre qui compile études et preuves scientifiques sur l'interaction corps et psychologie. Pour l'instant, il n'est disponible qu'en espagnol, mais de nombreux articles traduits sont consultables sur nazarethcastellanos.com.
Le propos de Nazareth Castellanos — et le mien — n'est pas d'opposer des disciplines, comme on oppose encore trop souvent la dimension physique et psychique. Il s'agit de montrer que les approches sont complémentaires et peuvent évoluer ensemble. Elle imagine, comme cela se fait déjà aux États-Unis ou en Angleterre, des psychiatres qui interrogent non seulement le vécu des patients, mais aussi leurs habitudes alimentaires, leur activité physique, leurs liens sociaux — avec prescription d'un nombre d'heures de sport par semaine, d'aliments à modifier… Le divan, le gymnase, la cuisine dans le même espace de soin.
Cette approche est connue sous le nom de santé intégrative : il s'agit d'utiliser conjointement les médecines conventionnelles (principalement allopathiques), les médecines complémentaires et la médecine du mode de vie. Elle est le fruit de la coordination de pratiques de santé validées, centrées sur le patient, fondées sur la science et dispensées en équipe multidisciplinaire. Son objectif est de permettre le retour ou le maintien de la santé dans un bien-être optimal. Son originalité réside dans l'inclusion du patient et de ses propres représentations de soin dans la prise en charge globale de sa santé.
Alors que les experts prédisent que les problèmes de santé mentale seront la principale cause d'invalidité dans le monde en 2030, il est essentiel d'apprécier toutes les ressources dont nous disposons pour avoir un cerveau, un corps, et au final, une personne en bonne santé.
Cette approche modélisante pour l'individu l'est tout autant pour les organisations.
Crédit photo : istock
Sophie*, 36 ans, directrice artistique dans une agence de communication. En couple depuis 10 ans.
Quand elle arrive, Sophie me déclare :
« Je ne sais pas par où commencer. Depuis 15 jours, je travaille à mi-temps thérapeutique, pour 2 mois. Je me sens perdue dans tous les domaines de ma vie. Je ne supporte plus mon travail, même si mon supérieur n'est pas méchant. La cohabitation avec mon conjoint en télétravail m'étouffe. Je n'arrive plus à me projeter dans nos démarches de PMA (Procréation Médicalement Assistée) et j'ai mal partout. »
Dès le 1er RDV, Sophie nomme ses besoins de manière spontanée :
« S'alléger physiquement et mentalement » — « trouver un lieu de bienveillance et de confort, comme une étape nécessaire pour prendre des décisions ».
3 étapes, 2 priorités : le travail et les douleurs.
Janvier – avril : « bienveillance et confort », se reposer, accepter la situation. J'aide Sophie à poser la situation, faire le tri, pour ajuster ce qui peut l'être et réduire la souffrance.
Mai – juin : « s'alléger le physique et le mental », se ressourcer, retrouver de la vitalité. Sophie a récupéré un peu de vitalité et de stabilité émotionnelle. Elle se sent prête pour poser des actes.
Été : « prendre des décisions », se projeter. Sophie retrouve de l'envie durable et la confiance dans sa capacité à faire.
« J'ai aimé la souplesse pendant les séances, avec une diversité d'outils pour cheminer et travailler. Avec Nathalie, j'ai trouvé de l'ouverture, de l'acceptation, de la douceur, une approche pas seulement technique. Cela m'a apporté énormément de fluidité et d'apaisement pour avancer. La prise en compte de l'écoute de mon corps a été essentielle : parfois c'est le corps qui trouve les mots justes. »
La combinaison d'un travail verbal et sur le corps a permis d'ancrer ses prises de conscience, de gagner en vitalité pour pouvoir passer à l'action.
Sa perception d'elle-même en a été modifiée :
« On me renvoie souvent l'image d'une personne frêle, hors norme. Ça a changé. Je me sens solide. »
Estime de soi renforcée et gain de confiance.
Plusieurs outils :
Le prénom et la profession ont été modifiés pour conserver l'anonymat. Les textes entre « … » correspondent aux verbatims exprimés.
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